Pierre Gerard

Pierre Gerard:  « Je trouve Spinoza bien lucide » 

Curateur: Christophe Veys

Finissage: samedi 16 Juin 2018    16h – 19h00

 

 

 

Pierre GERARD « Je trouve Spinoza bien lucide ».

Comment répondre à cette carte blanche proposée par Laurent Jourquin pour V2Vingt ?

J’ai la conviction qu’en art, l’égoïsme peut rencontrer les envies d’autrui. Le travail de Pierre Gerard me fascine depuis de nombreuses années. En tant que collectionneur, il est l’un de mes premiers artistes. Cet intérêt se poursuit depuis plus de vingt ans. Par cette exposition, j’avais envie de montrer la richesse, mais pourquoi pas aussi la complexité de cette œuvre picturale, sculpturale et sonore dont l’un des axes majeurs est la poésie du presque rien.

Comme souvent chez Pierre Gerard, le titre de l’exposition intrigue. Il provient d’une discussion, d’un échange informel sans appareillage savant alors qu’il semble provenir d’une conversation de philosophes exégètes de la pensée du maître hollandais. Comme souvent chez Pierre Gerard, le titre nous laisse en suspend. On ne sait au sujet de quoi Spinoza est lucide. Ni, d’ailleurs, ce qu’est être lucide. Et surtout comme pour le reste, il croise culture savante et quotidienneté.

Le travail de Pierre Gerard est apparu sur la scène belge au travers de petites peintures figuratives dans les années 1990. L’artiste y représentait des objets ou lieux à la banalité paradoxalement intrigante. Nombre d’entre eux possédaient un écho lointain avec certaines pratiques d’artistes contemporains : une enseigne de pharmacien renvoyant à la question de l’urgence chez Joseph Beuys. Pour autant aucune nécessité à réviser toutes les publications d’une bibliothèque spécialisée, les tableaux possédant un charme envoutant.

Par la suite, il développa son intérêt pour les objets en réalisant des sculptures alliant patience et poésie, incluant différents éléments empruntés au réel. S’en dégage une série de matériaux régulièrement utilisés : bois, feutre, pâte à modeler, cuir, pierre, plâtre … Il coupe, ponce, accumule, fait dialoguer ou oppose des formes, des matières dans un savant mélange dont l’équilibre esthétique peut mettre des années à s’établir au fil des reconfigurations.

Le plus souvent elles sont dans des vitrines ou directement protégées par des boites issues directement du vocabulaire de notre réel puisqu’on les trouve dans nombre de nos cuisines. Sur des tables de tapissier vient se poser une sélection de sa production sculpturale de 1990 à nos jours.

Après une période de près de 10 ans sans production picturale, Pierre Gerard a recommencé à peindre. Conservant une pratique d’huile sur carton, il puise ses sujets dans différents territoires: cinéma principalement mais aussi histoire de l’art ou photographie de mode. Chaque image est volée (c’est le titre générique de ses peintures). Mais la capacité de l’artiste à leur donner une forme picturale par la maîtrise et la variabilité de la gestion de ses touches est proprement vertigineuse. L’exposition propose deux peintures qui proviennent de l’univers cinématographique. L’une, d’un film de Bruno Dumont (son unique film dont l’intrigue se déroule aux Etats-Unis) l’autre, d’un film Japonais (on l’identifie par la nature des passages piétons). Ce tableau a comme particularité d’être le plus grand actuellement produit par l’artiste mais aussi d’être le premier a intégrer une dimension surréaliste. En effet, le visage du passant est remplacé par une énorme tortue. Cette particularité le relie à une grande tradition belge. Cette même tradition surréaliste qui très souvent met en boîte.

Je ne sais pas si Spinoza est bien lucide mais je sais que le mystère des œuvres de Pierre Gerard gagne à être observé avec une attention toute particulière qui correspond parfaitement à l’espace intime et singulièrement presque spirituel de V2Vingt.

L’exposition est réalisée avec la complicité de LMNO qui représente le travail de Pierre Gerard.

Christophe Veys