Untitled 180365

Michel Mazzoni  /  Adriaan Verwée

Hôte: Laurent Jourquin

Vernissage: samedi 21.03.2020 / 16h-20h

Exposition: 21.03.2020 – 11.04.2020  sur rendez-vous

Finissage: samedi 11.04.2019 / 16h-20h

 

 

 

Michel Mazzoni  /  Adriaan Verwée — Untitled 180365

Dès les prémices du dialogues, les deux artistes se sont trouvés des référents communs dans la russie du vingtième siècle : suprématisme et constructivisme, Malevitch, Lissitzky et Rodchenko : la conquête de l’espace bien avant la conquête de l’espace.
Malevitch fait figure de mystique iconoclaste. Il recherche la suprématie de la sensation pure en la dégageant de toute signification symbolique ou rationnelle, et l’infini en créant des compositions de blanc sur fond blanc. Le tableau n’a plus de haut, ni de bas. Dans la pupille du regardeur s’invente la condition orbitale que vivront les cosmonautes plus de quarante ans plus tard. Les repères physiques se dissolvent pour laisser entrer l’espace universel. Outre la construction d’une nouvelle spatialité plastique, Rodchenko répond à Malevitch par un tableau noir sur noir qui transmet la sensation de profondeur de l’espace représenté sur la toile. Lissitzky entre en suprématisme comme en religion pour y ajouter ses talents de concepteur et sa précision d’ingénieur avec des plans de couleur qui recréent un espace mondial dans le vide absolu formulé par Malevitch. Le suprématisme amorce le constructivisme…

Entrons maintenant dans l’exposition : nous sommes en arrêt contemplatif devant la silhouette de Leonov et pouvons ressentir l’état de flottement du cosmonaute. L’esthétique de la photographie et la position de Léonov en font une image véritablement iconique. Regardé en contre-plongée, l’homme est l’idole en apesanteur qui nous invite à conscientiser notre propre mouvement, car l’être en apesanteur ne bouge pas. Il n’a aucun effort à produire. C’est son environnement qui se déplace. Il est comme suspendu au milieu des choses. Regardant l’homme figé, nous sommes le déplacement. Regardant l’homme léger, nous sommes en pesanteur. Mazzoni a proposé de construire l’exposition autours d’une image archétypique qui constitue le centre inaccessible du mouvement. L’image a le pouvoir d’attraction de ce qui nous semble lointain, d’une autre époque, d’une autre hauteur…et pourtant elle désamorce l’illusion en révélant partiellement le visage d’un homme dans le coin inférieur gauche du cadre. De toute évidence, Léonov ne flotte pas dans le vide. Il est en salle d’entraînement. Nous sommes emportés par un effet de cadrage.

Et l’effet de cadrage définit l’exposition de ses prémices jusqu’à sa perception en passant par sa conception. Tout est millimétré, tout est cadré, pour proposer l’expérience visuelle d’un équilibre aérien. Ephémère et précaire sont les adjectifs qui agrègent l’assemblage sculptural D’Adriaan Verwée au sol. Sa fragilité et la possibilité du déséquilibre naissent du consentement de l’artiste au piétinement de l’oeuvre : l’ensemble construit la possibilité de sa propre disparition, et l’espace qui s’y révèle affirme sa nature versatile.L’oeil de Michel catégorise les plans graphiques en compositions quasi abstraites découpées dans le champs de son environnement. Les interventions d’Adriaan paraissent avoir la même intention. L’universalité suprématiste semble se répéter dans leur dialogue comme un écho infini de l’histoire. Les repères sont dissouts par la collaboration des deux artistes : oeuvres à quatre mains et échanges photographiques atténuent toute affirmation identitaire. L’état de flottement est rejoué jusqu’à atteindre l’harmonie parfaite de l’absence de soi. Regardant l’évanescence de l’ensemble, nous sommes en pesanteur et libres de ressentir l’universalité comme une puissance…

Laurent Jourquin

 

 

 

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