Pieter Geenen

Pieter Geenen : I am not a ghost

Curateur: Nicolas de Ribou

Vernissage: samedi 06.04.2019 / 16h-20h

Exposition: 06.04.2019 – 05.05.2019 / samedi 16h-20h ou sur rendez-vous

Conversation avec l’artiste: Sous réserve

Finissage: dimanche 05.05.2019 / 16h-20h

Pieter Geenen : I am not a ghost

Pour son exposition au V2Vingt, Pieter Geenen poursuit son exploration du médium photographique en proposant une sélection d’images prises lors de séjours autour de la frontière fermée séparant la Turquie et l’Arménie1. Sondant toujours plus l’espace physique du paysage dans sa relation avec la notion d’espace public et dans son rapport au temps et à la durée, l’artiste propose des fragments dont l’abstraction questionne notre lien aux images et à la mémoire.

Une première image nous convie. Reprenant le format et le pliage de la carte géographique, elle est l’invitation à l’exposition dont un exemplaire se trouve présenté déplié dans l’espace. Son motif est le détail d’un mur décrépi, couvert des graffiti de la population locale et des touristes, dans une église d’Ani de la province turque du Kars, capitale de l’Arménie vers l’an 1000, et “ville aux mille et une églises” abandonnée au fil des siècles. Ses inscriptions nous poussent à la prospection, aux déplacements, à tenter de trouver des échos aux signes qu’elles contiennent.

Une série de neuf photographies nous mène des ruines d’Ani au paysage des bords du fleuve Araxe, ponctué, entre autres, d’architectures de contrôle militaire, de maisons kurdes abandonnées et d’éléments de tombes yezidi en ruine. La technique photographique du sténopé rend les images spectrales, le sujet se détachant difficilement du fond. L’erreur photographique que produit parfois la pellicule vient créer également des halos qui mettent en question les espaces représentés. La volonté de rendre compte du passage du temps à l’aide d’effets photographiques conjuguée à la nécessité de rendre visible le sujet photographié opère ici comme une tentative de préserver les vestiges fragiles de l’histoire dont les échos se ressentent encore aujourd’hui.

Un son se fait entendre, des voix, des bruits d’outils, de machines. Captée en prise directe lors de la construction du plus grand temple dédié au culte Yezidi à Aknalich, l’on entend des ouvriers arméniens au travail entre leurs pauses café et déjeuner. Une présence humaine anonyme, un moment de vie structurée mais abstrait dans un environnement en mutation.

Le mont Ararat s’élève au loin, immobile tout autant qu’immuable, son sommet recouvert de neiges éternelles est un repère. Témoin des mutations géopolitiques de ses plaines environnantes, il est également objet de convoitise. Coeur de l’Arménie historique, il est au fil des siècles passé sous contrôle romain, perse, byzantin, arabe, ottoman, russe, puis turc. Sa représentation, agrandissement photographique d’une petite image digitale, surgit délicatement dans l’espace, telle une ouverture sur l’extérieur, un point de fuite qui se dérobe.

Pieter Geenen nous propose une plongée dans la matière photographique et sonore. Une matière mouvante qui doit être amadouée pour en percevoir des bribes, se frayer un chemin dans ce qu’elles veulent nous donner à voir, à entendre. Tenter d’en comprendre le sens, ou pas. Le monde est en mouvement perpétuel, l’artiste nous offre un arrêt sur image, une pause, entre apparitions et disparitions, d’où surgit le doute. Nous devons nous questionner sur notre propre rapport à la réalité, sur ce que l’on choisi de voir et ce que l’on refuse volontairement. Sur ce que l’on nous donne à voir et ce que l’on nous occulte. D’ailleurs, le rôle de l’artiste ne serait-il pas de prendre le risque de nous dévoiler avec son propre langage des images cachées? Ne serait-il pas le médiateur d’une histoire qui scande: “I am not a ghost”!

Nicolas de Ribou

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1. La frontière Turco-Arménienne est fermée depuis 1993, lorsque le gouvernement d’Ankara dirigé par Suleyman Demirel a décrété un embargo, en réaction aux offensives arméniennes dans le Haut-Karabagh.